Contrat première chance (CPC) : l'unanimité contre lui !!

  • Roland CHASSAIN
  • Politique

Après la salve de critiques de la gauche, de l'UNEF et les grosses réserves des syndicats sur son "contrat première chance", Ségolène Royal a donné jeudi l'impression de naviguer à vue, pitoyable, perdue et sans projet. Elle a ainsi rectifié le tir en annonçant une période d'essai de "trois mois", allons-y, tandis que son entourage s'efforçait de déminer le terrain, sans éclaircir plusieurs points.
Jeudi, la proposition de la candidate socialiste -que l'État prenne en charge pendant un an le salaire et les charges des jeunes sans qualification embauchés dans des très petites entreprises- a essuyé un tir croisé d'une partie des candidats de gauche. "C'est une proposition dangereuse qui rappelle malheureusement la logique du CPE", s'est insurgée Marie-George Buffet, tandis que José Bové montrait du doigt un "CPE bis". "Je suis radicalement hostile à un CPE new-look", a tempêté Olivier Besancenot (LCR).
La veille, le président de l'UNEF Bruno Julliard était monté au créneau, allant jusqu'à qualifier de "connerie" le nom de ce contrat, un an après le retrait du "contrat première embauche" (CPE). Regrettant un "énième contrat destiné aux jeunes", il estimait que la période d'essai ne pouvait pas être d'un an et redoutait un effet d'aubaine pour les entreprises.
Devant ce flot de critiques, Ségolène Royal a tenté jeudi soir de rectifier le tir en précisant ses intentions, au risque de donner le sentiment d'édulcorer sa proposition. En fin de soirée, son directeur de campagne François Rebsamen, en sueurs, a également été envoyé auprès des journalistes pour expliquer les explications de la candidate socialiste. Non sans difficultés.
Devant les craintes sur la longueur de la période d'essai, Ségolène Royal a précisé qu'il y aurait une "phase transitoire" de "trois mois", soit la période d'essai classique. François Rebsamen a reconnu que ce délai serait sans doute trop court. Elle a également annoncé que trois options s'ouvriraient au jeune après ces trois mois: il serait embauché s'il est "immédiatement efficace"; soit "intégré dans un contrat d'apprentissage"; ou pris en "contrat de professionnalisation". La semaine passée, elle avait pourtant souligné que le "CPC" s'adressait à des jeunes non éligibles à l'apprentissage et aux lycées professionnels.
Que d'incohérences mais peut être est-ce là une méthode, on dit n'importe quoi et on modifie.

Vendredi dernier, lors d'une étape dans la Creuse, Ségolène Royal avait proposé que l'Etat prenne intégralement en charge pendant un an le salaire et les charges des jeunes sortant du système scolaire sans qualification qui sont recrutés par de très petites entreprises de moins de dix salariés, commerçants et artisans. Son objectif: rapprocher les 190.000 jeunes qui sortent chaque année sans diplôme du système scolaire des 500.000 emplois non pourvus dans les TPE. Le "CPC" s'appliquerait dès juin.
Cette annonce avait donné lieu le jour même à plusieurs mises au point, en particulier sur son coût. Les chiffres de 5 milliards, 2 milliards, puis 1 milliard d'euros ont été successivement avancés par la candidate et son entourage, qui ont finalement précisé que le coût serait nul puisque la mesure serait financée par "économies" et "redéploiement".
On comprend pourquoi Besson est parti en claquant la porte !!!

Jeudi, malgré les précisions apportées, plusieurs zones d'ombre demeuraient. Dont la nature du contrat. "C'est un CDI", a assuré M. Rebsamen, avant d'ajouter qu'"il n'y aura pas forcément de CDI" pour les jeunes pris en contrat d'apprentissage ou de professionnalisation au bout de trois mois. Dans son "pacte présidentiel", Ségolène Royal s'est engagée à faire du CDI la règle.
Le montant du salaire n'était pas non plus fixé. La semaine passée, l'entourage de la candidate avait assuré que les jeunes seraient rémunérés sur la base du Smic, ce qu'elle avait nuancé en précisant qu'il faudrait "que ce soit discuté au plan local". Le contrat d'apprentissage est actuellement rémunéré à un niveau inférieur au Smic ou au minimum conventionnel (de 25 à 78%).
Quant au risque que cette mesure se transforme en effet d'aubaine pour les entreprises, un employeur qui se "comporte mal" ne pourrait pas bénéficier d'un deuxième "CPC", selon David Assouline, membre de l'équipe de campagne.
"Elle n'est pas ministre du Travail", "c'est d'une extrême complexité le droit du travail en la matière", a répliqué François Rebsamen devant les questions insistantes de la presse. Assurant néanmoins que "la candidate est tout à fait contente qu'autour de sa volonté de trouver une solution concrète (...) se crée un débat".
Effectivement, ça fait débat : elle dit tout et son contraire... Et tout le monde est contre ! Belle vision de l'avancée politique. A croire qu'elle est participative... même dans sa tête, elle serait pas un peu schizophrène ?

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